Origine

Dans un premier temps, les travaux du CRIDA se sont principalement axés sur la démocratie en entreprise, le mouvement coopératif, les nouvelles activités, les emplois précaires et l'économie locale, dans une approche qui visait moins à "restaurer le lien social" qu'à favoriser l'émergence de nouvelles formes de sociabilité dans les structures de production comme dans le reste de la vie sociale et culturelle.
Ses activités et principes de fonctionnement ont par la suite évolué, tels qu'ils sont présentés ci-après.



      Objectifs

Le CRIDA a pour objectif de favoriser les contacts, les dialogues et les productions permettant de renforcer les relations entre sciences sociales et société civile, dans deux directions : générer des connaissances sur des pratiques socio-économiques encore trop peu connues, et construire ces savoirs par des démarches réflexives menées en lien avec des acteurs de la société civile.

Ces actions visent à produire et approfondir les connaissances socio-économiques, et à favoriser les échanges et le débat public, en particulier dans les domaines suivants :
            •     Economie plurielle et économie solidaire ;
            •     Services de proximité et initiatives locales ;
            •     Insertion, politique de l'emploi et politiques sociales ;
            •     Association et démocratie ;
            •     Ethique et économie.


        Fonctionnements

Tout en s'inscrivant dans le champ de la sociologie économique, ses membres privilégient, à travers leurs études et travaux, une approche pluridisciplinaire des mutations contemporaines. Leurs analyses, construites en lien avec les acteurs de la société civile, contribuent à visibiliser une pluralité d'innovations socio-économiques et à alimenter le débat public autour d'elles.

En interne, le CRIDA fonctionne sur le principe d’une mutualisation du travail salarié et bénévole de ses membres actifs (chercheurs contractuels, partenaires, statutaires, retraités) ainsi que des financements issus des études et contrats de recherche. Outre l’échange et la capitalisation de connaissance, cette  mutualisation permet d’assurer un cadre de travail stable à ses chercheurs salariés ainsi que de leur dégager du temps pour l'approfondissement de travaux de recherche, pour la contribution au débat scientifique et public et pour la réalisation de thèses.

Plusieurs, après avoir été salariés du CRIDA , ont été recrutés à l'Université ou au CNRS. C'est le cas de Bernard Eme, Laurent Gardin, Jean-Louis Laville, Anne Salmon. N'ayant plus de responsabilités dans l'association, il n'en gardent pas moins, quand ils le souhaitent, des coopérations intellectuelles avec celle-ci.

Le CRIDA constitue donc un dispositif permettant de résister à la précarisation des emplois dans la recherche par une mobilisation collective. L'objectif autant que le fonctionnement de l'association l'amène à construire des modalités de travail collectif qui ne peuvent être développées dans d'autres lieux comme les laboratoires de recherche des universités et du CNRS. C'est pourquoi le CRIDA s'est doté d'une équipe permanente. Les interventions réalisées par celle-ci sont largement complémentaires des recherches effectuées dans les laboratoires de recherche auxquels appartiennent par ailleurs nombre de membres du CRIDA.


      Coproduction de savoir, évaluation et débats publics
  • Sciences sociales et société

    "Après avoir été pendant de longues années délégué général et au moment de quitter mes responsabilités, je voudrais souligner ce qui fait l’originalité des pratiques de recherche du CRIDA, en reprenant certains des points qui sont développés dans le texte de Jean-François Marchat disponible sur ce site (cliquez ici).

    La première spécificité vient de ce que J.F. Marchat désigne comme « engagement organisationnel » qui engendre ce que l’on pourrait appeler des transversalités expérientielles, sources de connaissance qui restent inaccessibles à d’autres chercheurs parce que basées sur le partage d’un vécu. On retrouve la trace des préconisations de la sociologie de l’école de Chicago : comme il le rappelle, Becker n’aurait pas écrit « Outsiders » sans avoir été musicien de jazz. En rappelant cela, il ne s’agit pas de céder au mirage d’une observation participante placée sur un piédestal méthodologique mais de reconnaître être interpellé par des questions identiques à celles posées par les acteurs. De ce fait, contrairement à l’intervention tourainienne ou institutionnelle qui prétendaient révéler la vérité du social-historique aux acteurs, l’intervention est plus modeste : elle consiste à participer au débat démocratique sur les interprétations que l’on peut donner à des actions sociales. Pas de panoptique dans une telle sociologie, mais la présence au monde de sociologues qui sont des acteurs sociaux parmi d’autres, soucieux de tenir leur place et de proposer leurs interprétations sans penser qu’elles surplombent le social.

    Sachant que ce qui était insupportable à Weber était finalement « l’absence de démocratie au sein du débat axiologique », il serait possible d’esquisser selon Caillé « les contours d’un wébérianisme tempéré en un sens et radicalisé dans un autre visant à organiser le débat normatif selon les règles d’un débat démocratique plutôt qu’à le censurer ».

    C’est pourquoi les recherches du CRIDA incluent, en sus de la remise de documents contractuels aux commanditaires, l’organisation de séances de restitution aux acteurs. Par ailleurs, l’existence du CRIDA est scandée par des « événements », c’est-à-dire par des espaces de débat public que les chercheurs peuvent provoquer et dans lesquels ils essaient de dégager les enseignements de plusieurs recherches, en dialogue avec d’autres responsables publics et privés sollicités par les pratiques dont il est question. Ce faisant, les chercheurs promeuvent l’auto-réflexivité et la prise de parole de la part d’acteurs qui sont trop souvent privés de parole légitime de l’espace public ; ils contribuent à doter les pratiques « d’outils de représentation », à « contrebalancer » d’autres positions et à agir sur les « asymétries » dans les systèmes de pouvoir existants afin de « faire apparaître des liens, et ceci pour le compte de certains acteurs » [Callon, 1999 : 76] ;. Leur travail n’aurait toutefois que peu d’intérêt s’ils devenaient des pièces d’un dispositif de justification de ces acteurs. Les recherches ont à garder une capacité de perturbation, y compris pour les acteurs avec lesquels sont indéniablement passées des alliances. Position fragile que celle consistant à œuvrer pour « la mise en débat des différentes représentations qui émergent » et à légitimer partiellement, car l’intervention des chercheurs ne saurait y suffire », des « objets de discussion politique » [Ibid. : 76]. Une mise en perspective entre ce type d’intervention et les opérations de traduction et de convictions propres à une communauté scientifique décrites par Latour [1989] mériterait d’être commencée. Des convergences apparaissent quand on s’efforce de rapporter des réalités locales aux classements existants, de mettre en rapport des pratiques avec les modes d’intelligibilité disponibles ; puis quand on constitue des regroupements au sein et en dehors de l’institution scientifique pour se livrer à un travail « d’intéressement ». De toute façon la résurgence de débats sur l’engagement du sociologue, comme celui mené dans le dossier de « Sociologie du travail » [1999] et les contributions sur l’intervention sociologique [Uhalde, 2001 ; Vrancken, Kuty, 2001] incitent à poursuivre sur ces thèmes."

    Jean-Louis Laville

    Paris, décembre 2005

    Références bibliographiques

     

    CALLON M., La sociologie peut-elle enrichir l’analyse économique des externalités ? Essai sur la notion de débordement, in D. Foray, J. Mairesse, Innovations et performances. Approches interdisciplinaires, Paris, Éditions de l’école des hautes études en sciences sociales, 1999.

    LATOUR B., « L’histoire et la physique mêlées », in M. Serres (dir.), Eléments d’histoire des sciences, Paris, Bordas, 1989.

    UHALDE M. (Dir.), L’intervention sociologique en entreprise, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.

    VRANCKEN D., KUTY O. (eds.), La sociologie de l’intervention. Enjeux et perspectives, Bruxelles, De Boeck Université, 2001.

 

 

 

 


  • Evaluations

En plus des recherches menées, le CRIDA réalise des études pour différentes institutions confrontées à ces questions et soucieuses de trouver des formes de diagnostic et d'évaluation adaptées à la complexité de leurs actions. Il s'agit avant tout de proposer aux acteurs des démarches participatives dont l'exigence est de produire une vision commune de l'action collective dans un contexte particulier. Ceci en créant les conditions d'un espace public ouvert à la discussion argumentée entre les différentes parties prenantes et les chercheurs.

 

 

 

 

  • Expérimentations et débats publics

Les réflexions du CRIDA peuvent déboucher sur des expérimentations socio-économiques. Ainsi celles menées entre 1984 et 1987 ont permis l’élaboration de principes directeurs pour la mise en œuvre de services de proximité. L’ADSP (Agence pour le développement des services de proximité) a été fondée en 1989 avec des élus, des responsables du public et du privé ainsi que des acteurs du développement local pour mettre en œuvre ces principes. Une expérimentation a été menée de 1989 à 1992 sur 20 sites nationaux regroupant 40 projets.

Plus récemment, le CRIDA a travaillé en recherche action avec les réseaux d’élus et d’acteurs sur de nouvelles modalités d’action  publique donnant lieu à plusieurs publications co-écrites, notamment :

-          Action publique et économie solidaire (2005, éditions Erès) comparant les expériences françaises et brésiliennes ;

-          Avec les régions l’économie sociale et solidaire en mouvement, réalisé avec le Mouvement pour l’économie solidaire (MES);

-          Les politiques publiques d’économie solidaire, un enjeu pour les initiatives locales, en partenariat avec le Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES).


Des colloques, conférences, rencontres et débats publics sont organisés afin de mieux faire connaître les avancées sur les différents aspects évoqués, mais aussi afin de renouveler les questionnements et de stimuler les échanges entre chercheurs et praticiens.

 

 

 

 

      Recherches et partenariats internationaux

Des coopérations sont développées depuis 1987 avec plusieurs centres de recherche en Europe et en Amérique. En effet, l’ampleur de la recomposition des rapports entre économique et social appelle une ouverture internationale dans la réflexion et des échanges réguliers entre partenaires ayant des orientations de recherche proches.

Le CRIDA est en membre fondateur du réseau Emergence des entreprises sociales en Europe, EMES. Ce réseau européen vise à construire un corpus de connaissances théoriques et empiriques sur l'entreprenariat social, l’économie sociale, l’économie solidaire et le tiers secteur. Plusieurs membres du CRIDA ont participé activement à ses activités, notamment aux recherches européennes sur l’entreprise sociale (EMES, PERSE) et la petite enfance (TSFEPS).

L’organisation de la première conférence européenne ISTR-EMES à Paris en avril 2005 a contribué à alimenter ce débat. Plus récemment, le CRIDA a co-organisé en juillet 2008 la première université d’été EMES en partenariat avec CINEFOGO et l’Université de Corte rassemblant 35 étudiants venant de 22 pays différents. 




CRIDA
204, rue de Crimée. 75019 PARIS
Téléphone : 09 72 47 62 87